Accelerated Mobile Pages, ou AMP, est un format de page web lancé par Google fin 2015 pour accélérer l'affichage des articles sur mobile. Le principe : une version parallèle de chaque page, écrite dans un HTML volontairement restreint, servie depuis un cache tenu par le moteur de recherche. La presse en ligne l'a adopté massivement, pour une raison simple : c'était la condition d'entrée dans le carrousel « À la une » (Top Stories) de Google sur mobile.
Cette condition a disparu en 2021. Depuis, l'intérêt d'AMP pour un site d'entreprise est devenu marginal, et la vraie question n'est plus « faut-il passer à AMP ? » mais « que faire des pages AMP que mon site génère encore ? ». En 2016, j'écrivais dans la première version de cet article que j'intégrerais AMP à tous mes futurs projets. Ce n'est plus le conseil que je donne. Voici ce qui a changé, ce qu'il reste du format, et la marche à suivre pour retirer proprement des pages AMP.
AMP, c'était quoi exactement ?
AMP n'était pas un réglage de performance, mais un sous-ensemble du web, avec ses propres règles. Trois briques le composaient.
- Un HTML restreint. Balises spécifiques (
amp-img,amp-video,amp-form), pas de JavaScript maison, et une feuille de style inline plafonnée : au-delà de 75 000 octets, la page est invalide (spécification AMP HTML). - Un runtime imposé. Une bibliothèque JavaScript fournie par le projet, qui décide de l'ordre de chargement des ressources et empêche un script tiers de bloquer l'affichage.
- Un cache. Google, puis Bing, stockaient une copie de la page et la servaient depuis leurs propres serveurs. D'où l'affichage quasi instantané depuis les résultats de recherche — et d'où les URL en
cdn.ampproject.orgqui déroutaient les visiteurs et compliquaient la mesure d'audience.
Concrètement, un site gardait sa page normale (dite canonique) et publiait une page AMP jumelle, reliées par une balise <link rel="amphtml"> d'un côté et une balise canonique de l'autre. Deux gabarits, deux jeux de tests, un seul contenu.
Pourquoi AMP a perdu son intérêt
Google a supprimé la condition d'accès aux Top Stories
Le 19 avril 2021, dans son annonce sur la mise à jour « page experience », Google écrit noir sur blanc que « using the AMP format is no longer required and that any page […] will be eligible to appear in the Top Stories carousel » — le format AMP n'est plus requis, n'importe quelle page peut apparaître dans le carrousel. Le même texte annonce la disparition du badge éclair qui signalait les pages AMP, et un déploiement à partir de la mi-juin 2021 (Google Search Central, avril 2021).
La documentation actuelle du moteur, mise à jour le 1er juillet 2026, ne laisse pas de place au doute : « Google Search indexes AMP pages just like other web pages, and applies the same standard to all pages, regardless of the technology used » (Google Search Central, documentation AMP). Traduction : aucun bonus de classement, aucun traitement de faveur.
Le coût de la double version n'a jamais baissé
Sans contrepartie en visibilité, il reste les inconvénients : un second gabarit à maintenir, des formulaires et des boutons à retester, une mesure d'audience à dédoubler, des régies publicitaires à reconfigurer, et le risque classique du contenu qui diverge entre les deux versions après une mise à jour. Pour une TPE-PME, c'est du temps de développement dépensé sur un chantier qui ne rapporte plus rien.
L'écosystème s'est réduit
Le signal le plus parlant vient de WordPress. L'extension officielle AMP, en ligne depuis le 8 octobre 2015, affichait « 500 000+ installations actives » sur sa page WordPress.org le 1er juin 2021 (archive Wayback Machine) ; elle en affiche « 400 000+ » en septembre 2026, avec une dernière mise à jour datée du 10 avril 2025 (version 2.5.5, source : API et page publique de WordPress.org, consultées le 10 septembre 2026). Ces compteurs sont arrondis par WordPress.org : ils donnent un ordre de grandeur et une tendance, pas une mesure exacte.
Le projet lui-même n'est pas abandonné pour autant. Il a quitté le giron exclusif de Google : son passage sous la gouvernance de la fondation OpenJS a été annoncé le 10 octobre 2019, et AMP figure aujourd'hui dans la catégorie « At-Large » de la liste des projets OpenJS (consultée en septembre 2026). Le dépôt public du runtime publiait encore une version le 26 août 2026 (ampproject/amphtml). Un format maintenu, donc, mais qui n'apporte plus l'avantage pour lequel on l'avait adopté.
Ce qu'il reste d'AMP aujourd'hui
- Les Web Stories. C'est le seul usage où AMP reste obligatoire : pour être éligible dans Google Search et Discover, une Web Story doit être « valid AMP » (documentation Google, mise à jour le 1er juillet 2026).
- Les caches. Le Google AMP Cache et le Bing AMP Cache sont toujours déclarés dans le fichier de référence
caches.jsondu projet (consulté en septembre 2026). Les pages AMP existantes continuent donc de fonctionner. - Un parc résiduel. Beaucoup de sites servent encore des URL en
/amp/sans le savoir, parce qu'une extension activée il y a huit ans n'a jamais été désactivée.
Ce qu'il faut faire à la place : mesurer la vitesse réelle
AMP répondait à un vrai problème — la lenteur des pages sur mobile — par un contournement. Le problème n'a pas disparu, mais on le traite désormais sur le site lui-même, et on le mesure avec les Core Web Vitals, calculés sur les visites réelles des utilisateurs de Chrome.
| Indicateur | Ce qu'il mesure | Seuil « bon » |
|---|---|---|
| LCP | Délai d'affichage du plus grand élément visible | 2,5 secondes ou moins |
| INP | Réactivité aux interactions (clic, appui, clavier) | 200 millisecondes ou moins |
| CLS | Stabilité visuelle, décalages de mise en page | 0,1 ou moins |
À noter pour ceux qui ont des repères anciens : l'INP a remplacé le FID comme indicateur officiel le 12 mars 2024 (web.dev, mars 2024). Les seuils, eux, s'apprécient sur des données de terrain : un test en laboratoire ne suffit pas à conclure.
Les leviers utiles sont presque toujours les mêmes, dans cet ordre d'impact :
- Les scripts tiers : chat, bandeaux, tests A/B, pixels publicitaires. C'est le premier poste de ralentissement sur la plupart des sites vitrines.
- Les images : dimensions réelles adaptées, formats modernes, attributs de largeur et hauteur pour éviter les décalages.
- L'hébergement et le cache serveur : un temps de réponse serveur élevé plombe le LCP quoi que vous fassiez ensuite.
- Le thème et les constructeurs de pages : une page qui charge trois bibliothèques d'animation pour un carrousel ne se rattrape pas par un plugin de cache.
- Les polices : limiter les variantes, les servir depuis votre domaine, prévoir un affichage de repli.
Pour piloter tout cela, deux outils gratuits suffisent à démarrer : PageSpeed Insights, qui affiche à la fois les données de terrain et un diagnostic en laboratoire, et le rapport « Signaux web essentiels » de la Search Console, qui regroupe vos URL par type de problème. Si le sujet dépasse le réglage de surface, un audit technique SEO permet de trier ce qui relève du serveur, du thème ou du contenu ; sur un site vieillissant, la question peut aussi se poser au moment d'une refonte WordPress.
Vous avez encore des pages AMP ? Comment les retirer proprement
Google documente la procédure et l'a mise à jour le 1er juillet 2026 (« Remove AMP content »). Le cas courant consiste à conserver la page normale et à supprimer sa jumelle AMP.
- Désactivez la génération AMP dans votre CMS ou votre extension. Ne videz surtout pas les fichiers : un document vide et sans balisage est considéré comme invalide, et le moteur continue alors de servir la dernière version valide qu'il connaît.
- Retirez la balise
<link rel="amphtml">de vos pages canoniques. - Redirigez chaque URL AMP (souvent
/ma-page/amp/ou?amp=1) vers la page canonique, en 301. Google accepte aussi une 302, mais la 301 est le bon choix pour un retrait définitif. - Nettoyez les renvois internes : sitemaps, menus, flux, liens automatiques encore pointés vers
/amp/. - Vérifiez que la page canonique récupère bien ce que la version AMP assurait : suivi d'audience, formulaires, boutons d'appel, blocs publicitaires.
- Surveillez l'indexation pendant quelques semaines dans la Search Console ; la courbe des pages AMP indexées doit décroître, et les URL AMP ne doivent plus apparaître dans les résultats.
Si vous voulez supprimer la page dans les deux versions, la marche à suivre est différente : suppression du contenu, réponse 404, puis demande via l'outil de suppression des contenus obsolètes. C'est plus brutal, et Google prévient que l'utilisateur peut voir une erreur pendant le délai de prise en compte. Une fois le chantier lancé, gardez un œil sur les redirections en boucle, l'erreur la plus fréquente sur ce type d'opération, et sur le contrôle de l'indexation des anciennes URL.
Faut-il le faire tout de suite ?
Pas nécessairement. Si vos pages AMP sont valides, cohérentes avec vos pages normales et qu'elles n'apportent presque aucune visite, l'urgence est faible : planifiez le retrait au prochain chantier technique. En revanche, traitez le sujet sans attendre si vos deux versions affichent des contenus différents, si l'extension AMP bloque une mise à jour de PHP ou de WordPress, ou si vos statistiques sont faussées par le trafic servi depuis le cache. Dans le doute, commencez par mesurer : combien d'URL AMP sont indexées, et combien de visites arrivent dessus.
Questions fréquentes
Le format AMP est-il mort ?
Non, mais il a perdu sa raison d'être côté référencement. Le format et son runtime sont toujours maintenus sous la gouvernance de la fondation OpenJS, et les caches AMP de Google et Bing fonctionnent encore. En revanche, depuis 2021, Google n'exige plus AMP pour le carrousel « À la une » et n'accorde aucun avantage de classement aux pages AMP.
Supprimer mes pages AMP peut-il me faire perdre du trafic ?
Le retrait n'entraîne aucune pénalité : Google documente lui-même la procédure. Le trafic bascule vers la page classique à condition que chaque URL AMP soit redirigée en 301 vers son équivalent canonique et que la balise rel="amphtml" soit retirée. Il faut ensuite surveiller l'indexation pendant quelques semaines.
AMP améliore-t-il encore le référencement ?
Non. La documentation de Google indique que les pages AMP sont indexées comme les autres pages, selon les mêmes critères, quelle que soit la technologie employée. Ce qui compte aujourd'hui, c'est la vitesse et la stabilité réellement constatées sur vos pages.
Quelle différence entre AMP et les Core Web Vitals ?
AMP est un format de page, avec des règles d'écriture contraignantes. Les Core Web Vitals sont trois indicateurs de mesure — LCP, INP et CLS — qui s'appliquent à n'importe quelle page, AMP ou non. On peut avoir de bons Core Web Vitals sans AMP, et de mauvais avec.
Faut-il désinstaller l'extension AMP de WordPress ?
Procédez dans l'ordre : désactivez d'abord la génération des pages AMP, mettez en place les redirections vers les pages canoniques, vérifiez que les URL AMP ne sont plus indexées, puis désinstallez l'extension. Supprimer l'extension en premier laisse des URL en erreur dans l'index de Google.
Les Web Stories utilisent-elles toujours AMP ?
Oui. Pour être éligible dans Google Search et dans Discover, une Web Story doit être un document AMP valide, d'après la documentation de Google mise à jour en juillet 2026. C'est aujourd'hui le principal usage pour lequel le format reste nécessaire.
