Il y a quelques années, Adrien, alors stagiaire chez Aptatio, m'a envoyé une capture d'écran de la carte de positionnement concurrentiel de Semrush avec cette question : « Malgré beaucoup moins de mots-clés, Atlantic 3D semble avoir une audience similaire à Aptatio. Est-ce que cela veut dire qu'Aptatio gagnerait à optimiser davantage ses mots-clés pour obtenir une meilleure audience ? » Sa lecture était juste, mais incomplète. J'ai repris ce cas parce qu'il illustre les erreurs d'interprétation que je rencontre encore chez mes clients.
Cet article explique ce que mesure réellement cette carte, comment lire les deux profils de concurrents qu'elle fait apparaître, et comment croiser ces estimations avec vos propres données avant de décider d'un plan d'action. Les noms de rapports correspondent à l'interface Semrush de 2026 : l'ancien « Organic Research » s'appelle désormais « Organic Rankings », et les données d'audience ont été regroupées dans le toolkit « Traffic & Market ».
Ce que montre la carte de positionnement de Semrush
La carte se trouve dans le rapport Concurrents d'Organic Rankings (SEO Toolkit). Chaque bulle représente un domaine, placé selon deux axes : le nombre de mots-clés organiques sur lesquels il apparaît dans les 100 premiers résultats de Google, et le trafic organique estimé qui en découle. Semrush précise que les concurrents sont classés par « niveau de concurrence » (Com. Level), calculé à partir du nombre de mots-clés de chaque domaine et du nombre de mots-clés communs avec le vôtre. Plus deux sites partagent de requêtes, plus ils sont considérés comme concurrents, même s'ils ne se disputent pas les mêmes clients dans la vraie vie.
Deux précautions avant de lire la carte. D'abord, le périmètre : la base Semrush couvre, selon sa page de données (2026), 28,8 milliards de mots-clés sur 142 bases géographiques, mais seules les requêtes présentes dans cette base sont comptées. Une expression très locale ou très technique absente de la base n'apparaît nulle part. Ensuite, la nature de la mesure : le « trafic » est une estimation déduite des positions, pas une mesure de visites. Semrush l'indique lui-même pour son toolkit Traffic & Market : les chiffres « peuvent différer de ce que vous voyez dans Google Analytics », et servent d'abord à comparer des sites entre eux.
Trafic estimé et nombre de mots-clés : deux indicateurs qui ne disent pas la même chose
Le trafic estimé dépend surtout des positions 1 à 3
Le trafic estimé additionne, pour chaque mot-clé, le volume de recherche pondéré par un taux de clic moyen selon la position. Or ce taux de clic chute très vite. L'étude Backlinko menée sur 4 millions de résultats Google avec les données Semrush (publiée en 2022, mise à jour en avril 2025) mesure un taux de clic moyen de 27,6 % en première position, et note que les trois premiers résultats concentrent 54,4 % des clics ; la première position reçoit environ dix fois plus de clics que la dixième. Conséquence directe : un site avec 80 mots-clés dans le top 3 pèse plus lourd sur l'axe « trafic » qu'un site avec 800 mots-clés en page 3.
C'est exactement le cas d'Atlantic 3D. Peu de mots-clés, mais bien placés sur des requêtes à volume. La bulle monte, alors que sa couverture sémantique reste étroite.
Le nombre de mots-clés mesure une couverture, pas une performance
Le compteur de mots-clés inclut toutes les positions jusqu'à la centième. Un site riche en pages, comme Aptatio à l'époque, cumule des centaines de requêtes en positions 20 à 100 qui n'apportent presque aucun clic. La bulle s'étire vers la droite sans monter. Une couverture large sans trafic signale des pages qui répondent partiellement à des intentions de recherche, ou un site dont l'autorité ne suffit pas à convertir ses positions en visites.
La réponse à la question d'Adrien était donc : oui, Aptatio avait un potentiel d'optimisation, mais pas « en optimisant davantage ses mots-clés » au sens large. Il fallait identifier les 20 à 30 requêtes déjà en positions 5 à 20 avec un volume réel, et travailler ces pages-là en priorité.
Lire les deux profils de concurrents
Sur la plupart des cartes que j'analyse, deux profils se dégagent. Le tableau ci-dessous résume ce qu'ils révèlent et ce que j'en fais.
| Profil | Position sur la carte | Ce que cela indique | Ce qu'il faut vérifier |
|---|---|---|---|
| Concurrent « focus » (ex. Atlantic 3D, Addium avec 16 pages indexées) | Peu de mots-clés, trafic estimé élevé | Site spécialisé, très bien placé sur quelques requêtes à volume ; dépendant de ces positions | Quelles sont ses 5 à 10 requêtes principales ? Sont-elles atteignables pour vous ? Sont-elles saisonnières ? |
| Concurrent « volume » (ex. Millenium3d, 228 pages et une rubrique actualités) | Beaucoup de mots-clés, trafic estimé moyen | Couverture éditoriale large, positions moyennes ; l'autorité ou la qualité des pages ne suit pas | Quelle part de ses mots-clés est en top 10 ? Ses pages d'actualités attirent-elles des liens ? |
Pour aller au-delà de la carte, j'utilise deux rapports complémentaires. Le rapport Positions d'Organic Rankings, filtré sur les positions 1 à 10, donne la liste des requêtes qui fabriquent réellement le trafic d'un concurrent « focus ». L'outil Keyword Gap, qui compare jusqu'à cinq domaines, classe les mots-clés en catégories (« Missing », « Weak », « Untapped », « Strong »…) et sert à repérer les requêtes où vos concurrents sont placés et vous non. C'est là que se trouvent les opportunités concrètes, pas dans la taille des bulles.
Croiser les estimations avec vos données réelles
La carte ne vaut que pour comparer des sites entre eux. Pour votre propre site, les données de Google Search Console sont la référence : clics, impressions, taux de clic et position moyenne par requête, mesurés par Google et non estimés. Si vous ne l'avez pas encore configurée, notre guide d'installation de Google Search Console détaille les étapes. Semrush propose d'ailleurs un rapport Organic Traffic Insights qui rapproche ses estimations des données Search Console et Google Analytics.
Un autre écart, plus structurel, s'est creusé ces dernières années entre les positions et les clics. L'étude SparkToro (2024) réalisée avec le panel de clics Datos (période de septembre 2022 à mai 2024) estime que 58,5 % des recherches Google aux États-Unis et 59,7 % dans l'Union européenne se terminent sans aucun clic. Sur mille recherches européennes, 374 clics seulement atteignent un site extérieur à Google. Une bonne position ne garantit donc plus le volume de visites qu'un modèle de taux de clic laisse espérer, en particulier sur les requêtes informationnelles reprises par les AI Overviews. Semrush a d'ailleurs ajouté un toolkit « AI Visibility » qui mesure la présence d'une marque dans les réponses générées par les moteurs, avec ses propres rapports de concurrents.
| Question | Source à privilégier | Limite à garder en tête |
|---|---|---|
| Qui sont mes concurrents en recherche organique ? | Semrush Organic Rankings, rapport Concurrents | Concurrents de mots-clés, pas forcément concurrents commerciaux |
| Sur quelles requêtes un concurrent est-il fort ? | Rapport Positions filtré top 10 ; Keyword Gap | Estimations issues des positions, volumes moyennés |
| Combien de visites mon site reçoit-il vraiment ? | Google Search Console, Google Analytics | Données non disponibles pour les sites concurrents |
| Quelle part du trafic d'un concurrent vient du SEO ? | Semrush Traffic & Market (Traffic Distribution) | Données de panel, moins fiables sur les petits sites |
Passer de la lecture à un plan d'action
Une fois la carte comprise, la question devient : que faire en premier ? Je classe les actions selon deux critères, l'impact attendu sur les requêtes qui comptent pour votre activité et l'effort nécessaire. Pour un site de profil « volume » comme Aptatio, l'ordre est presque toujours le même.
- Consolider l'existant. Repérer les pages en positions 5 à 20 sur des requêtes à volume, puis retravailler leur titre, leur contenu et leur maillage interne. C'est le levier le plus rapide, car les pages sont déjà connues de Google.
- Corriger la technique qui freine. Pages lentes, contenus dupliqués, erreurs d'indexation signalées dans Search Console. Un audit technique SEO permet de hiérarchiser ces points avant de produire du contenu neuf.
- Combler les écarts identifiés dans Keyword Gap. Créer ou approfondir les pages sur les requêtes « Missing » et « Untapped » cohérentes avec votre offre, en visant les intentions de recherche que les concurrents « focus » traitent le mieux.
- Renforcer l'autorité. Comparer les domaines référents avec Backlink Gap, puis solliciter des liens auprès de partenaires, fournisseurs, fédérations professionnelles ou médias sectoriels. Ce travail est lent : mieux vaut le démarrer tôt.
Pour un site de profil « focus », la logique s'inverse : sécuriser d'abord les quelques requêtes qui font le trafic (contenu à jour, données structurées, suivi de position), puis élargir progressivement vers des requêtes connexes pour réduire la dépendance à une poignée de positions.
Suivre la concurrence sans y passer ses journées
Pour une TPE ou une PME, une revue mensuelle suffit : évolution des positions sur vos 20 à 50 requêtes stratégiques dans Position Tracking, avec deux ou trois concurrents ajoutés au projet, et un contrôle des clics et impressions dans Search Console. Une analyse plus complète de la carte et des écarts de mots-clés, une ou deux fois par an, permet de repérer un nouvel entrant ou un concurrent qui change de stratégie. Notre article sur les mots-clés qui apportent du trafic et des demandes utiles détaille comment relier ce suivi à vos objectifs commerciaux.
Questions fréquentes
Les estimations de trafic de Semrush sont-elles fiables ?
Elles sont calculées à partir des positions observées dans les 100 premiers résultats de Google et de taux de clic moyens, pas à partir des visites réelles. Semrush indique que ses chiffres peuvent différer de ceux de Google Analytics. Elles servent à comparer des sites entre eux, pas à connaître le trafic exact d'un concurrent.
Pourquoi un concurrent avec peu de mots-clés a-t-il plus de trafic estimé que moi ?
Parce que le trafic estimé dépend surtout des positions 1 à 3, qui concentrent plus de la moitié des clics selon les études de taux de clic. Un site placé en tête sur quelques requêtes à fort volume pèse plus qu'un site présent sur des centaines de requêtes en page 2 ou 3.
Comment Semrush choisit-il les concurrents affichés sur la carte ?
Le rapport Concurrents classe les domaines selon un niveau de concurrence calculé à partir du nombre de mots-clés de chaque site et du nombre de mots-clés communs avec le vôtre. Il s'agit de concurrents de recherche, qui ne coïncident pas toujours avec vos concurrents commerciaux.
Organic Research a-t-il disparu de Semrush ?
Non, l'outil a été renommé Organic Rankings dans le SEO Toolkit. Il contient toujours les rapports Overview, Positions, Position Changes, Competitors, Topics et Subdomains, avec la carte de positionnement dans le rapport Competitors.
Quelle différence entre Organic Rankings et Traffic & Market ?
Organic Rankings estime le trafic à partir des positions organiques. Traffic & Market, qui regroupe l'ancien Traffic Analytics, s'appuie sur des données de panel de navigation pour estimer l'ensemble des visites d'un site, tous canaux confondus. Les deux sont des estimations et donnent des chiffres différents.
À quelle fréquence faut-il analyser ses concurrents SEO ?
Pour une petite entreprise, un suivi mensuel des positions sur les requêtes stratégiques et des données Search Console suffit. Une analyse approfondie de la carte de positionnement et des écarts de mots-clés une à deux fois par an permet de détecter les changements de stratégie ou les nouveaux entrants.
