Il y a dix ans, une idée circulait dans les milieux du référencement : ouvrir un blog sur la plateforme d’un grand média, y publier quelques billets, et récupérer au passage un peu de l’autorité du site hôte. Le Monde réservait ses blogs à ses abonnés, le Huffington Post fonctionnait par cooptation : la rareté faisait l’intérêt de la manœuvre. J’avais consacré un article à cette question en 2016, à l’époque où ces deux portes étaient encore entrouvertes.
Presque tout ce qui rendait l’opération possible a disparu depuis. Les plateformes ont fermé, Google a écrit une règle qui vise précisément ce type de tactique, et les liens concernés ont changé de nature. Le raisonnement de fond, lui, reste valable : il sert à évaluer n’importe quelle opportunité de publication externe, du blog de presse à l’article invité chez un partenaire. Voici ce qui a changé, et les critères que j’applique aujourd’hui avant d’investir du temps de rédaction ailleurs que chez moi.
Les plateformes de blogs de la presse ont fermé
Le Monde a mis fin à son service de blogs abonnés le 5 juin 2019, après quinze ans d’existence. Le quotidien invoquait des évolutions techniques de son site et laissait deux mois aux auteurs pour sauvegarder leurs contenus, la Bibliothèque nationale de France se chargeant de l’archivage (La revue des médias, INA, 29 mai 2019). Ce n’était pas un cas isolé : L’Obs avait pris la même décision en 2017, L’Express aussi. Le sous-domaine qui hébergeait les blogs du Monde ne répond plus.
Côté HuffPost, la plateforme de contributeurs a fermé le 18 janvier 2018. Le média l’a annoncé lui-même : lancée en mai 2005, elle avait accueilli plus de 100 000 contributeurs sur le site américain (chiffre donné par HuffPost le 18 janvier 2018, périmètre États-Unis). Elle a été remplacée par deux rubriques éditorialisées, dont les auteurs sont choisis par la rédaction. Sur le site français, je n’ai trouvé, au 11 septembre 2026, aucun dispositif d’auto-publication ouvert au public : les textes d’opinion y sont signés et sélectionnés.
Une exception subsiste : le Club de Mediapart, réservé aux abonnés, toujours en activité en septembre 2026. En 2019, le journal annonçait une moyenne de 2 300 billets publiés par mois et plus de 2 000 blogs considérés comme actifs (chiffres communiqués par Mediapart à La revue des médias, mai 2019 ; je n’ai pas trouvé de mise à jour publique depuis).
La vraie question : le lien transmet-il quelque chose ?
Un lien ne pèse sur le classement que s’il est « suivi », c’est-à-dire dépourvu d’attribut le neutralisant. Google reconnaît trois valeurs : rel="nofollow", rel="sponsored" pour les liens payants ou publicitaires, rel="ugc" pour les contenus déposés par les utilisateurs. Un lien ainsi qualifié ne transmet pas de crédit de classement. Sur les plateformes ouvertes au public, c’est la règle par défaut : les liens externes des articles de Wikipédia, par exemple, sont servis en nofollow (vérifié le 11 septembre 2026 dans le code source d’un article de fr.wikipedia.org).
L’exemple qui avait déclenché mon article de 2016 est devenu une démonstration involontaire. Je cherchais ce soir-là des sujets populaires avec Buzzsumo, et j’étais tombé sur un billet promotionnel pour un logiciel de création automatique de liens, publié sur la plateforme de contributeurs du HuffPost américain en août 2016, avec des dizaines de milliers de partages affichés. Ses liens sortants étaient alors suivis. En rouvrant la même page le 11 septembre 2026, j’ai constaté deux choses : la page est toujours en ligne, et tous ses liens sortants portent désormais rel="nofollow", sous un bandeau précisant que le billet a été publié sur une plateforme aujourd’hui fermée. Dix ans de bénéfice, effacés par une décision technique prise ailleurs.
La leçon est générale : sur un site que vous ne contrôlez pas, l’attribut des liens peut changer du jour au lendemain, pour tout le site à la fois. Vérifiez-le avant de publier, en affichant le code source de la page, et acceptez que ce soit une donnée révocable.
Google a écrit une règle pour ce cas précis
Depuis 2024, les règles anti-spam de Google comportent une « politique de réputation du site », qui vise le contenu tiers publié sur un site hôte principalement pour profiter des signaux de classement que ce site a acquis avec ses propres contenus. C’est exactement la logique du blog ouvert sur un grand média pour en capter l’autorité.
La version en vigueur de la page officielle des règles anti-spam (mise à jour du 28 août 2026) décrit deux traitements selon la localisation des internautes. Hors Espace économique européen, les pages concernées peuvent faire l’objet d’une action manuelle. Dans l’EEE, elles peuvent être catégorisées séparément du domaine principal et classées indépendamment, sur leurs propres mérites, sans subir l’effet d’une action manuelle. Pour un lecteur français, la conséquence pratique est la même : l’autorité du média ne se transmet plus mécaniquement à la rubrique qui vous héberge.
La même page précise ce qui n’est pas visé : les tribunes, chroniques et textes d’opinion de nature éditoriale, les contenus syndiqués entre publications de presse, les espaces de contribution des lecteurs, les liens d’affiliation correctement qualifiés. Autrement dit, une tribune sincère publiée parce que la rédaction en veut le contenu ne pose pas de problème. C’est le contenu déposé pour l’autorité du domaine qui en pose un.
Sur le volet liens, la règle est explicite depuis longtemps : les publireportages et articles invités contenant des liens optimisés, ou les articles payés dont les liens transmettent du crédit de classement, relèvent du spam de liens. Google admet l’achat d’espace publicitaire, à condition que les liens soient qualifiés en nofollow ou sponsored. Les offres d’« articles sponsorisés sur grands médias » vendues sur les places de marché tombent donc dans ce cadre : si le lien est suivi et payé, il est hors des règles ; s’il est qualifié, il ne vous apporte pas ce que vous croyez acheter. C’est le genre d’arbitrage que j’examine en détail dans mon approche du suivi des backlinks.
La place de la page compte autant que le domaine
Le second argument de mon article de 2016 n’a pas bougé. Un lien posé sur une page très profonde, atteignable en cinq ou six clics depuis l’accueil, faiblement maillée et rarement recrawlée, transmet peu de chose, même sur un domaine prestigieux. Les plateformes de contribution étaient précisément construites comme des silos à l’écart du site principal.
J’en ai fait l’expérience : j’ai reçu il y a quelques années un lien spontané depuis Ouest-France, sans rien demander. L’effet a été très modeste, profondeur de la page oblige. À l’inverse, un lien depuis la page d’accueil d’un fournisseur ou d’un partenaire local, page peu profonde et régulièrement visitée par les robots, produit souvent davantage. C’est le même raisonnement que pour vos propres pages : la structure du site conditionne la circulation de la valeur entre les pages.
Cinq critères avant de publier ailleurs
| Critère | Comment le vérifier | Signal défavorable |
|---|---|---|
| Nature du lien | Afficher le code source d’un article déjà publié et lire l’attribut rel |
nofollow, sponsored ou ugc systématiques |
| Profondeur | Compter les clics depuis l’accueil, ou passer un crawler sur la rubrique | Rubrique isolée, sans lien depuis les pages principales |
| Indexation | Chercher quelques URL de la rubrique dans Google | Pages absentes de l’index ou marquées noindex |
| Audience réelle | Mesurer les visites de référence reçues après publication | Aucune visite au-delà du jour de parution |
| Cadre éditorial | Lire les conditions de contribution du média | Contribution vendue, sans regard d’une rédaction |
Si trois de ces cinq critères sont défavorables, l’opération relève de la communication, pas du référencement. Ce n’est pas disqualifiant : une tribune dans un média lu par vos clients a une valeur commerciale propre. Mais il faut l’évaluer comme telle, avec des indicateurs de visibilité et de contacts, pas avec des espoirs de positions. Un tableau de bord Data Studio (ex-Looker Studio) alimenté par la Search Console et votre outil d’analyse d’audience suffit à trancher en quelques semaines ; c’est ce que je mets en place dans une mission de pilotage webmarketing.
Par où commencer quand on part de zéro
Avant de courir après un média national, il reste les liens accessibles et légitimes : annuaires professionnels sérieux, fédérations et syndicats de votre secteur, chambre de commerce, communauté de communes, fournisseurs, clients références, partenaires associatifs ou sportifs. Ces liens sont déclaratifs, vérifiables et durables. Le Baromètre France Num 2025, mené pour la Direction générale des Entreprises par le Crédoc auprès de 11 021 entreprises répondantes interrogées du 26 mars au 18 avril 2025, indique que 65 % des TPE-PME françaises déclarent posséder un site présentant leur activité et que 50 % sont inscrites à un annuaire internet gratuit (données déclaratives, France, France Num / DGE, publié le 15 septembre 2025). Beaucoup de ces inscriptions sont incomplètes : les corriger coûte moins cher qu’une campagne de netlinking.
Vient ensuite l’article invité sur un site de même thématique, qui reste à mon avis le meilleur rapport effort-résultat quand il est fait sérieusement : un contenu que l’éditeur aurait accepté même sans lien, un lien dans le corps du texte, une ancre naturelle. Si vous devez payer pour être publié, dites-le au moteur avec l’attribut adéquat et considérez l’opération comme de la publicité.
Enfin, regardez ce que font vos concurrents : Majestic, Ahrefs et Semrush permettent d’examiner leurs liens entrants et d’identifier les sources accessibles. L’outil importe moins que la lecture : quelles pages, quelle profondeur, quel attribut, quelle ancienneté. Et méfiez-vous d’un signal simple : quand un vendeur d’outils « qui dictent leur loi à Google » a besoin de publier des billets promotionnels sur des plateformes tierces pour se faire connaître, c’est que son outil ne dicte sa loi à personne.
Questions fréquentes
Peut-on encore ouvrir un blog sur Le Monde ou le HuffPost ?
Non. Le Monde a fermé son service de blogs abonnés le 5 juin 2019 et le HuffPost a fermé sa plateforme de contributeurs le 18 janvier 2018. Pour paraître dans ces médias aujourd’hui, il faut passer par la rédaction, qui choisit ses tribunes, ou par des formats publicitaires identifiés.
Comment savoir si un lien transmet du crédit de classement ?
Affichez le code source de la page et regardez l’attribut rel du lien. Les valeurs nofollow, sponsored et ugc indiquent à Google de ne pas transmettre de crédit de classement. En l’absence de ces valeurs, le lien est considéré comme suivi, mais le site hôte peut modifier ce réglage à tout moment.
Un lien depuis un grand média fait-il toujours progresser un site ?
Pas automatiquement. La valeur dépend de l’attribut du lien, de la profondeur de la page dans le site, de son indexation et de la proximité thématique. Un lien depuis une rubrique isolée et rarement recrawlée peut n’avoir aucun effet mesurable sur les positions.
Acheter un article sponsorisé avec lien, est-ce risqué ?
Google considère comme spam de liens les articles payés dont les liens transmettent du crédit de classement, ainsi que les publireportages avec ancres optimisées. La publicité reste autorisée si les liens sont qualifiés en nofollow ou sponsored. Dans ce cas, l’intérêt attendu est la visibilité et le trafic, pas le classement.
Qu’est-ce que la politique de réputation du site hôte chez Google ?
Elle vise le contenu tiers publié sur un site surtout pour profiter des signaux de classement que ce site a acquis avec ses propres contenus. Hors Espace économique européen, les pages concernées peuvent recevoir une action manuelle ; dans l’EEE, elles peuvent être classées séparément du domaine principal. Les tribunes éditoriales et les contenus syndiqués entre médias ne sont pas visés.
Le Club de Mediapart est-il une bonne alternative ?
Il reste ouvert aux abonnés et actif, ce qui en fait un espace d’expression réel. Comme pour toute plateforme tierce, traitez-le comme un canal de visibilité : le média peut modifier la qualification de ses liens sortants quand il le souhaite, et la valeur de référencement n’est jamais garantie dans la durée.

Lorsqu'on recherche dans google par exemple "Blog Tahiti", les premiers résultats pointent vers des blogs hébergés sur over-blog. Chaque site a très peu de backlink. Je suppose qu'ils bénéficient de la réputation de la plateforme?
Est-ce que ça vaut la peine de créer une page de blog sur overblog et de pointer vers son propre site (en dofollow) pour bénéficier du jus SEO?
Très bonne question... qui méritait une réponse détaillée : https://www.gloria-project.eu/plateformes-blog-reseau-liens/