Un dirigeant qui prépare une implantation aux États-Unis passe presque toujours par une phase de repérage : salons, rendez-vous avec des partenaires, visite d'entreprises à reprendre. Pour un ressortissant français, cette phase se fait le plus souvent sous ESTA. Cette autorisation ne remplace pas un visa et n'autorise pas à travailler sur place, mais elle couvre l'essentiel de la prospection.
Cet article traite du déplacement professionnel et des visas d'affaires qui peuvent suivre (B-1, E-2). Pour la procédure de demande pas à pas et le cas du voyageur touriste, consultez notre article Voyage aux USA : qu'est-ce que l'ESTA et comment l'obtenir. Les frais et les conditions ont évolué en 2025 et 2026 : les chiffres ci-dessous proviennent des textes officiels.
L'ESTA n'est pas un visa : ce qu'il autorise à un professionnel
Le programme d'exemption de visa (Visa Waiver Program) permet aux ressortissants des pays participants, dont la France, de séjourner aux États-Unis pour le tourisme ou les affaires pendant 90 jours au maximum. L'ESTA est l'autorisation préalable à obtenir en ligne. Selon la FAQ officielle du CBP (Customs and Border Protection), une autorisation est généralement accordée pour deux ans, ou jusqu'à l'expiration du passeport si elle intervient avant, et vaut pour plusieurs voyages.
Les activités admises sous ESTA sont celles du visa visiteur d'affaires B-1. L'USCIS en donne la liste : consulter des associés, participer à une convention ou une conférence, négocier un contrat, suivre une formation courte. Ce périmètre couvre un repérage de marché, des rendez-vous avec un courtier ou un expert-comptable local, la visite de locaux et la signature d'un accord. Il exclut toute activité rémunérée par une entité américaine, la gestion quotidienne d'une société sur place et tout emploi.
Trois points de vigilance :
- L'admission reste une décision de l'agent du CBP à l'arrivée. Des séjours répétés et rapprochés sous ESTA peuvent faire suspecter une résidence de fait ; ayez de quoi montrer vos attaches en France.
- Certaines réponses au questionnaire (condamnations, refus de visa antérieur, séjours dans des pays désignés par le DHS) rendent inéligible à l'exemption ; il faut alors un visa B-1.
- L'ESTA ne se prolonge pas sur place et ne permet pas de changer de statut. Le visa se demande depuis la France.
| Critère | ESTA (exemption de visa) | Visa B-1 visiteur d'affaires | Visa E-2 investisseur |
|---|---|---|---|
| Usage | Prospection, salons, négociation | Mêmes activités, pour les personnes non éligibles à l'ESTA ou qui ont besoin de séjours plus longs | Développer et diriger une entreprise dans laquelle vous avez investi |
| Durée de séjour | 90 jours maximum par séjour | Admission de 1 à 6 mois, 6 mois au plus (USCIS) | Statut renouvelable tant que l'entreprise remplit les conditions |
| Validité | 2 ans ou jusqu'à expiration du passeport | Fixée par le consulat | Fixée par le consulat |
| Frais officiels | 40 $ depuis le 30 septembre 2025 | 185 $ de frais de dossier, plus 250 $ de « visa integrity fee » à la délivrance | 315 $ de frais de dossier, plus 250 $ de « visa integrity fee » à la délivrance |
| Travail rémunéré aux États-Unis | Non | Non | Oui, dans l'entreprise E-2 |
Ce qui a changé pour l'ESTA en 2025 et 2026
Des frais presque doublés
La loi budgétaire américaine du 4 juillet 2025 (Public Law 119-21, dite « HR-1 ») a porté les frais d'ESTA de 21 à 40 dollars. L'avis publié au Federal Register le 28 août 2025 (90 FR 42025) précise que le nouveau tarif s'applique aux demandes déposées à partir du 30 septembre 2025 et qu'il additionne trois montants : 17 $ de contribution à la promotion touristique, 10 $ de frais de traitement et 13 $ créés par la loi. Le texte prévoit une revalorisation annuelle selon l'indice des prix. Certaines pages consulaires affichent encore 21 $ ; seul le site esta.cbp.dhs.gov fait foi, et les sites intermédiaires facturent le même formulaire plus cher.
Un questionnaire élargi en cours d'examen
Le DHS et le CBP ont publié le 10 décembre 2025 un projet de règle qui ajouterait au formulaire ESTA les identifiants de réseaux sociaux des cinq dernières années et d'autres données (adresses électroniques, téléphones, informations familiales). D'après la fiche publiée par l'ambassade des États-Unis en France le 11 février 2026, la période de commentaires s'est achevée le 9 février 2026 et l'exigence n'était pas en vigueur à cette date ; l'ambassade évoquait une mise en œuvre possible « mi-2026 » après validation par l'OMB. Avant de préparer une demande pour un collaborateur, vérifiez sur le site officiel si le formulaire a été modifié.
Une nouvelle taxe pour les visas, pas pour l'ESTA
La même loi crée un « visa integrity fee » de 250 dollars, dû à la délivrance de la plupart des visas non-immigrants (B-1, E-2, L-1, etc.) et indexé sur l'inflation. Les voyageurs sous ESTA en sont exemptés. Son déploiement dans les consulats est progressif : en mai 2026, le bureau des étudiants internationaux de l'université de Boston signalait que certains postes consulaires avaient commencé à le percevoir, sans procédure de remboursement finalisée. Budgétez-le si vous passez au visa.
Utiliser un séjour ESTA pour valider un projet
Le contexte est favorable aux entreprises françaises. Selon la direction générale du Trésor (fiche du 7 juillet 2026, données BEA), les entreprises françaises emploient 782 000 personnes aux États-Unis (chiffre 2023), ce qui fait de la France le cinquième employeur étranger du pays, et le stock d'investissements directs français y atteint 369 milliards de dollars (2024). Ces chiffres reflètent surtout de grands groupes, mais l'écosystème d'accompagnement (chambres de commerce, cabinets spécialisés) profite aussi aux PME.
Un séjour de dix à quinze jours sous ESTA permet de :
- rencontrer des courtiers en cession d'entreprises et visiter des affaires présélectionnées depuis la France ;
- consulter un avocat en immigration et un expert-comptable habitués aux dossiers E-2 avant tout engagement financier ;
- tester le marché en client : fréquentation, prix pratiqués, concurrence locale ;
- évaluer le coût du logement, de l'assurance santé et de la scolarité si la famille suit.
Déclarez un motif de voyage cohérent et conservez les justificatifs de vos rendez-vous. Pour le budget et la logistique, les règles habituelles d'un voyage d'entreprise s'appliquent. Ce que vous ne pouvez pas faire sous ESTA : ouvrir le commerce et servir des clients, diriger une équipe au quotidien, percevoir une rémunération d'une société américaine. Un investisseur qui a signé l'achat sans avoir encore son visa doit confier la gestion à un manager local ou différer l'ouverture.
Passer au visa E-2 : les conditions vérifiées par le consulat
Le visa E-2 (Treaty Investor) s'adresse aux ressortissants d'un pays lié aux États-Unis par un traité de commerce, ce qui est le cas de la France. Les critères, décrits par l'USCIS et par l'ambassade à Paris, sont les suivants :
- l'entreprise américaine doit être détenue à 50 % au moins par des ressortissants du pays du traité ;
- l'investissement doit être « substantiel » par rapport au coût de l'entreprise et déjà engagé, ou en cours d'engagement irrévocable : des fonds simplement déposés sur un compte américain ne suffisent pas, il faut des achats, des contrats ou des baux signés ;
- l'entreprise doit être réelle et active, et ne pas être « marginale » : elle doit produire plus que la subsistance de l'investisseur et de sa famille, ou avoir un impact économique significatif ; une entreprise récente dispose de cinq ans pour y parvenir ;
- l'investisseur principal vient développer et diriger l'entreprise et déclare son intention de quitter les États-Unis à la fin du statut.
Aucun montant minimal n'est fixé par la loi. L'USCIS applique une règle de proportionnalité : plus l'entreprise coûte peu, plus la part investie doit être élevée. Sur la forme, l'ambassade à Paris exige un dossier PDF unique de 50 pages au plus, organisé en onglets (preuves d'investissement, business plan sur cinq ans pour les entreprises de moins de deux ans, CV, organigramme). Depuis le 2 septembre 2025, tous les demandeurs, enfants compris, doivent être présents à l'entretien.
Le principal risque est financier : les fonds doivent être investis avant la décision du consulat. C'est pourquoi l'exploration sous ESTA, puis la due diligence avec des professionnels locaux, méritent du temps.
Coûts et délais officiels à budgéter
| Poste | Montant | Source |
|---|---|---|
| ESTA | 40 $ par personne, valable deux ans | Federal Register, 28 août 2025 |
| Visa B-1 : frais de dossier | 185 $ | Département d'État, juin 2023 |
| Visa E-2 : frais de dossier | 315 $ | Département d'État, juin 2023 |
| Visa integrity fee | 250 $ à la délivrance du visa, indexé sur l'inflation (ESTA exempté) | Public Law 119-21, 4 juillet 2025 |
À ces frais s'ajoutent le conseil juridique, le business plan et la due diligence, qui se chiffrent en milliers de dollars selon le projet : demandez des devis. Côté délais, l'ambassade en France indique qu'une réponse ESTA arrive en moyenne sous 72 heures et recommande de déposer la demande avant d'acheter les billets. Pour un E-2, comptez plusieurs mois entre le repérage, la due diligence, l'investissement effectif et l'entretien ; les délais de rendez-vous au consulat varient selon la période.
Préparer aussi votre présence en ligne
Un cédant ou un partenaire américain vous cherchera sur le web avant de vous recevoir. Si votre activité passe aussi par un site, une version anglaise soignée (services, références, coordonnées) fait partie de la préparation. Nous accompagnons les TPE et PME sur la mise en place d'un site WordPress multilingue.
Questions fréquentes
Peut-on travailler aux États-Unis avec un ESTA ?
Non. L'ESTA couvre le tourisme et les activités de visiteur d'affaires : rendez-vous, salons, négociation et signature de contrats, formation courte. Toute activité rémunérée par une entité américaine, un emploi ou la gestion quotidienne d'une société sur place exigent un visa adapté, par exemple un E-2 pour un investisseur.
Combien coûte l'ESTA en 2026 ?
Le tarif officiel est de 40 dollars par demande depuis le 30 septembre 2025, contre 21 dollars auparavant, avec une indexation annuelle sur l'inflation prévue par la loi. La demande se fait uniquement sur esta.cbp.dhs.gov ; les sites intermédiaires facturent davantage pour le même formulaire.
Un ESTA suffit-il pour acheter une entreprise américaine ?
Vous pouvez visiter, négocier et signer l'acquisition sous ESTA, car il s'agit d'activités de visiteur d'affaires. En revanche, exploiter l'entreprise, encadrer le personnel ou vous rémunérer suppose un visa, le plus souvent un E-2 demandé depuis la France une fois les fonds investis.
Existe-t-il un montant minimum pour le visa E-2 ?
La loi ne fixe aucun seuil. L'investissement doit être substantiel par rapport au coût total de l'entreprise, déjà engagé de manière irrévocable, et l'entreprise ne doit pas être marginale, c'est-à-dire qu'elle doit produire plus que la subsistance de la famille de l'investisseur ou avoir un impact économique significatif.
La taxe de 250 dollars concerne-t-elle l'ESTA ?
Non. Le visa integrity fee créé par la loi du 4 juillet 2025 s'applique à la délivrance de la plupart des visas non-immigrants, comme le B-1 ou le E-2, et s'ajoute aux frais de dossier. Les voyageurs sous programme d'exemption de visa en sont exemptés.
Faut-il déclarer ses réseaux sociaux pour obtenir un ESTA ?
Un projet de règle publié en décembre 2025 prévoit de rendre obligatoire la communication des identifiants de réseaux sociaux des cinq dernières années. Selon l'ambassade des États-Unis en France, cette exigence n'était pas en vigueur en février 2026 ; vérifiez le formulaire officiel au moment de votre demande.
