La micro-entreprise reste la porte d'entrée la plus utilisée pour se lancer en France. Selon l'Insee (Insee Première n° 2092, 28 janvier 2026), 1 165 800 entreprises ont été créées en 2025, dont 758 600 immatriculations de micro-entrepreneurs, soit 65 % du total et une hausse de 6 % sur un an. Le régime attire parce qu'il est gratuit à créer, simple à déclarer et sans TVA à facturer en dessous de certains seuils.
Cette simplicité a des contreparties : plafonds de chiffre d'affaires, cotisations calculées sur les encaissements sans déduction des frais, aide au démarrage (Acre) réduite depuis juillet 2026 et facturation électronique qui concerne aussi les micro-entrepreneurs. Voici les points à vérifier avant de déposer votre déclaration d'activité, avec les valeurs en vigueur en septembre 2026.
Ce qu'est réellement le régime micro-entrepreneur
« Auto-entrepreneur » et « micro-entrepreneur » désignent la même chose depuis 2016. Il ne s'agit pas d'une forme juridique mais d'un régime simplifié appliqué à l'entreprise individuelle : régime micro-fiscal pour l'impôt sur le revenu et régime micro-social pour les cotisations. Vous exercez en nom propre, sous le statut d'entrepreneur individuel (EI). Depuis la réforme de 2022, votre patrimoine personnel est séparé de plein droit du patrimoine professionnel, sauf renonciation expresse demandée par un créancier.
La création passe par le guichet unique des formalités d'entreprises géré par l'INPI. Elle est gratuite pour les activités commerciales, artisanales et libérales ; seuls les agents commerciaux paient une inscription au RSAC (23,21 € en 2026, d'après service-public.gouv.fr). Le SIRET est attribué en quelques jours et vous pouvez facturer dès qu'il est obtenu. Restent exclues les activités agricoles relevant de la MSA, les professions libérales réglementées (avocats, experts-comptables, professions de santé notamment) et les activités immobilières comme marchand de biens ou la location d'immeubles nus.
Les plafonds de chiffre d'affaires 2026
Les plafonds sont révisés tous les trois ans. Pour la période 2026-2028, service-public.gouv.fr indique :
| Activité | Plafond annuel HT |
|---|---|
| Vente de marchandises, restauration, hébergement | 203 100 € |
| Prestations de services (BIC) et activités libérales (BNC) | 83 600 € |
En cas d'activité mixte, le total ne peut pas dépasser 203 100 €, et la part de services ne peut pas dépasser 83 600 €. La première année, le plafond est calculé au prorata du nombre de jours d'activité.
Que se passe-t-il en cas de dépassement ?
La règle est plus souple qu'on ne le croit. Vous conservez le régime micro l'année du dépassement et l'année suivante. C'est seulement après deux années civiles consécutives au-dessus du plafond que vous basculez, au 1er janvier suivant, vers le régime réel de l'entreprise individuelle : comptabilité complète, cotisations calculées sur le bénéfice. Un dépassement ponctuel n'est donc pas un problème ; un dépassement durable se prépare.
TVA : les seuils de franchise n'ont pas changé
Le projet de seuil unique à 25 000 €, inscrit dans la loi de finances pour 2025, a été suspendu puis abandonné. Pour 2026, service-public.gouv.fr confirme que les seuils de franchise en base de TVA restent :
| Activité | Seuil de base | Seuil majoré |
|---|---|---|
| Vente de marchandises, hébergement | 85 000 € | 93 500 € |
| Prestations de services, professions libérales | 37 500 € | 41 250 € |
Tant que vous êtes en dessous, vous facturez hors taxe avec la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » et vous ne récupérez pas la TVA sur vos achats. Si vous dépassez le seuil de base une année, la TVA s'applique à partir du 1er janvier suivant. Si vous dépassez le seuil majoré en cours d'année, la TVA est due dès le jour du dépassement. Les seuils de TVA sont nettement plus bas que les plafonds du régime micro : un prestataire de services peut rester micro-entrepreneur et devoir facturer la TVA.
Autre point souvent mal compris : la franchise dispense de collecter la TVA, pas de la facturation électronique. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises établies en France, micro-entrepreneurs compris, doivent pouvoir recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée. L'obligation d'émettre des factures électroniques entre professionnels et de transmettre les données de ventes aux particuliers (e-reporting) s'appliquera aux micro-entreprises le 1er septembre 2027 (calendrier officiel sur impots.gouv.fr). Choisir dès maintenant un outil de facturation compatible évite une migration dans l'urgence.
Cotisations sociales : un pourcentage des encaissements
Les cotisations sont calculées sur le chiffre d'affaires encaissé, pas sur le bénéfice. Aucun frais n'est déductible. Sans encaissement, aucune cotisation n'est due, mais la déclaration reste obligatoire, même à zéro. Les taux 2026 publiés par service-public.gouv.fr sont les suivants :
| Activité | Taux sur le CA |
|---|---|
| Vente de marchandises, hébergement | 12,3 % |
| Prestations de services commerciales et artisanales (BIC) | 21,2 % |
| Activités libérales non réglementées (BNC) | 25,6 % |
| Professions libérales relevant de la Cipav | 23,2 % |
Le taux des activités libérales non réglementées est passé de 24,6 % à 25,6 % au 1er janvier 2026, en contrepartie d'une meilleure retraite complémentaire. Une contribution à la formation professionnelle (de 0,1 % à 0,3 % selon l'activité) s'ajoute à ces taux. Consultants, développeurs ou graphistes indépendants, qui relèvent des BNC, sont donc les plus prélevés en proportion, mais aussi ceux qui ont le moins de frais.
L'Acre est moins avantageuse depuis juillet 2026
L'aide à la création ou à la reprise d'entreprise réduit les cotisations pendant les quatre premiers trimestres civils. Pour les micro-entreprises créées ou reprises à partir du 1er juillet 2026, l'exonération passe de 50 % à 25 % (décret n° 2026-69 du 6 février 2026, relayé par service-public.gouv.fr). La demande doit être déposée au plus tard le 60e jour suivant le début d'activité, et l'aide n'est accessible que si vous n'en avez pas bénéficié au cours des trois années précédentes. Un créateur qui débute aujourd'hui paie donc 75 % des cotisations normales la première année : à intégrer dans votre prévisionnel.
Impôt sur le revenu : abattement ou versement libératoire
Par défaut, votre chiffre d'affaires est reporté sur la déclaration de revenus du foyer et l'administration applique un abattement forfaitaire pour frais : 71 % pour la vente, 50 % pour les prestations BIC, 34 % pour les BNC, avec un minimum de 305 €. Le reste est imposé au barème progressif avec vos autres revenus.
Sur option, le versement libératoire remplace cet impôt par un prélèvement payé avec les cotisations : 1 % du CA pour la vente, 1,7 % pour les services BIC, 2,2 % pour les BNC (impots.gouv.fr). L'option se demande avant le 30 septembre pour l'année suivante, ou dans les trois mois de la création, et n'est ouverte que si le revenu fiscal de référence du foyer, deux ans plus tôt, ne dépasse pas un plafond par part révisé chaque année. Elle est intéressante si votre taux marginal d'imposition est élevé ; elle est perdante si vous n'êtes pas imposable, car le versement est dû même dans ce cas.
Les obligations du quotidien
- Déclaration de chiffre d'affaires : mensuelle ou trimestrielle, au choix, sur autoentrepreneur.urssaf.fr. Une déclaration en retard entraîne une pénalité forfaitaire de 1,5 % du plafond mensuel de la Sécurité sociale, soit une soixantaine d'euros en 2026, même si le CA est nul.
- Livre des recettes : chronologique, avec date, montant, client, mode de règlement et référence de facture. Les activités de vente tiennent en plus un registre des achats.
- Factures : numérotation continue, mention EI après le nom, SIRET, mention de franchise de TVA le cas échéant. Conservation dix ans.
- Compte bancaire dédié : obligatoire dès que le chiffre d'affaires dépasse 10 000 € deux années consécutives. Un compte courant séparé suffit.
- Assurances : la responsabilité civile professionnelle est obligatoire dans certaines activités (bâtiment, santé, transport) et recommandée ailleurs.
Quand le régime micro n'est plus le bon choix
Les chiffres de l'Urssaf donnent l'échelle réelle du régime. Fin décembre 2025, 3,03 millions d'auto-entrepreneurs étaient administrativement actifs, mais 1,66 million seulement (55 %) ont déclaré un chiffre d'affaires positif au quatrième trimestre 2025 (données Urssaf en open data, arrêtées au 31 décembre 2025). Ce trimestre-là, le chiffre d'affaires déclaré a atteint 8,56 milliards d'euros, soit environ 5 160 € par déclarant actif, ou un peu plus de 1 700 € par mois. Pour beaucoup, la micro-entreprise est un complément de revenu ou une phase de test, pas une structure de croissance.
Plusieurs signaux indiquent qu'il est temps d'envisager une EURL, une SASU ou l'entreprise individuelle au réel :
- vos frais réels dépassent l'abattement forfaitaire (matériel, sous-traitance, loyer, déplacements) ;
- vos clients sont des entreprises qui récupèrent la TVA : la franchise ne leur apporte rien, et vous perdez la TVA sur vos investissements ;
- votre chiffre d'affaires dépasse régulièrement 80 % du plafond ;
- vous devez embaucher : c'est possible en micro-entreprise, mais les salaires ne sont pas déductibles, ce qui rend l'opération rarement rentable ;
- vous souhaitez vous associer.
Le passage en société se prépare six mois à l'avance avec un expert-comptable : choix de la structure, bascule au 1er janvier pour simplifier la TVA, transfert des contrats et du site web. Si vous cessez plutôt l'activité, les démarches sont détaillées dans notre article sur la cessation d'activité du micro-entrepreneur. Il n'y a plus de délai de carence pour se réinscrire ensuite.
Le point que les créateurs négligent : être trouvé
L'Insee relève que 69 % des entreprises immatriculées entre 2021 et 2023 sont devenues économiquement actives dans les deux ans. Les autres n'ont jamais encaissé. Le statut ne fait pas le chiffre d'affaires ; la visibilité, si. Avant même la déclaration d'activité, vérifiez que le nom choisi est disponible en nom de domaine, créez une fiche d'établissement Google si vous servez une zone géographique, et prévoyez un site simple qui présente vos prestations et vos tarifs. Nous détaillons ces prérequis dans nos pages sur la création de site web pour TPE et le référencement local.
Questions fréquentes
Quelle différence entre auto-entrepreneur et micro-entrepreneur ?
Aucune depuis 2016 : les deux termes désignent le même régime simplifié de l'entreprise individuelle. Le terme officiel est micro-entrepreneur, mais l'Urssaf continue d'utiliser auto-entrepreneur dans ses services et ses statistiques.
Quels sont les plafonds de chiffre d'affaires en 2026 ?
Pour la période 2026-2028, le plafond annuel est de 203 100 € pour la vente de marchandises et l'hébergement, et de 83 600 € pour les prestations de services et les activités libérales. Vous ne sortez du régime qu'après deux années civiles consécutives de dépassement, au 1er janvier suivant.
Un micro-entrepreneur doit-il facturer la TVA ?
Pas tant que son chiffre d'affaires reste sous les seuils de franchise : 37 500 € pour les services et 85 000 € pour la vente en 2026, avec des seuils majorés de 41 250 € et 93 500 €. Au-delà du seuil majoré, la TVA est due dès le jour du dépassement. Le projet de seuil unique à 25 000 € a été abandonné.
Combien coûtent les cotisations sociales en micro-entreprise ?
En 2026, elles représentent 12,3 % du chiffre d'affaires pour la vente, 21,2 % pour les prestations de services BIC, 25,6 % pour les activités libérales non réglementées et 23,2 % pour les professions relevant de la Cipav. Une contribution à la formation professionnelle de 0,1 % à 0,3 % s'ajoute. Sans encaissement, aucune cotisation n'est due, mais la déclaration reste obligatoire.
La facturation électronique concerne-t-elle les micro-entrepreneurs ?
Oui, même en franchise de TVA. Depuis le 1er septembre 2026, tous les micro-entrepreneurs doivent pouvoir recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée. L'obligation d'émettre des factures électroniques entre professionnels et de transmettre les données de ventes aux particuliers s'appliquera à partir du 1er septembre 2027.
Peut-on cumuler micro-entreprise et emploi salarié ?
Oui, sous réserve des clauses de votre contrat de travail (exclusivité, non-concurrence) et de l'obligation de loyauté envers votre employeur. Les agents publics doivent obtenir une autorisation de cumul. Les revenus des deux activités sont déclarés et imposés ensemble.

Bonjour,
Merci pour votre article ! Il aurait été très intéressant de développer un paragraphe sur les obligations financières liées à l'activité de l'auteur entrepreneur, et qui ne sont pas négligeables :
- Pourcentages de charges à payer chaque trimestres
- CFE à payer une fois par an
Dans le cadre d'une petit activité pour arrondir les fins de mois (imaginons 400 ou 500€ de CA pour une année par exemple), rien que devoir payer la CFE peut rendre l'activité non rentable :
> 25% de charges sur le CA
> 300€ de CFE à payer
L'argent gagné en 1 an est redonné en quasi totalité.
Bonjour Henry, merci pour votre commentaire. Que conseillez-vous pour quelqu'un dont les revenus annuels sont modestes alors ?
Les impôts proposent du micro-BIC ou micro-BNC selon l'activité retenue : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F31725
Pour compléter les informations de cet article, j'ai trouvé un guide très complet et actualisé avec les informations 2024 sur la micro-entreprise sur le site https://mon-autoentreprise.fr !
Je vous conseille d'aller y jeter un oeil !