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Un projet en tête ?
Le média GloriaImmobilier, BTP

Revenus fonciers : quelles dépenses sont déductibles ?

Pièce vide sous combles avec parquet et anciens carreaux de sol

Un bailleur m'a interpellé sur un forum immobilier. Propriétaire d'un immeuble de plusieurs lots, il voulait agrandir ses parkings et confier ses espaces verts à un paysagiste : ces travaux étaient-ils déductibles de ses revenus fonciers ? Il ajoutait un détail qui change tout. Il projetait de construire un second immeuble collectif juste à côté, et ces aménagements seraient de toute façon nécessaires à ce chantier. Son idée : les passer en charges tout de suite plutôt qu'en coût de construction plus tard. Sa propre formule : « n'est-ce pas jouer avec le feu ? »

Ma réponse a été oui. Non pas parce que les parkings et les espaces verts seraient exclus par nature, mais parce que l'administration regarde la fonction réelle de la dépense, pas l'étiquette qu'on lui donne dans la déclaration. Voici la grille complète, avec les montants en vigueur en septembre 2026.

Micro-foncier ou régime réel : dans le premier, rien ne se déduit

Avant de parler travaux, il faut savoir sous quel régime vous êtes. Si vos revenus fonciers bruts annuels, charges non comprises, restent inférieurs à 15 000 €, vous relevez de plein droit du micro-foncier : vous ne déclarez aucune charge, un abattement forfaitaire de 30 % est appliqué à vos loyers, et aucun déficit foncier ne peut être constaté. Au-delà de 15 000 € de recettes locatives par an, le régime réel s'applique automatiquement (service-public.fr, « Revenus locatifs – location non meublée », page vérifiée le 15 avril 2026).

Sous le seuil, vous pouvez opter pour le réel. Cette option est irrévocable pendant trois ans. Le critère de décision est arithmétique : si vos charges réelles dépassent durablement 30 % de vos loyers — ce qui arrive dès qu'un chantier sérieux est programmé —, le réel vous est plus favorable. En dessous, le micro-foncier vous épargne une comptabilité et des justificatifs à conserver.

Micro-foncier et régime réel : ce qui change (règles applicables en septembre 2026)
Critère Micro-foncier Régime réel
Condition Moins de 15 000 € de revenus bruts par an Au-delà de 15 000 €, ou sur option
Charges Abattement forfaitaire de 30 % Charges réelles, justifiées, payées dans l'année
Déficit foncier Impossible Possible, sous plafond annuel
Déclaration Montant brut sur la 2042 Formulaire 2044 ou 2044 spéciale
Engagement Aucun Option irrévocable 3 ans

Les charges admises au régime réel

La liste publiée par le ministère de l'Économie est stable et limitative. Sont déductibles des revenus fonciers d'une location nue :

  • les frais de gestion et d'administration : concierge, honoraires d'agence, frais de syndic ;
  • les impôts non récupérables sur le locataire, au premier rang desquels la taxe foncière ;
  • les dépenses de réparation et d'entretien, y compris celles occasionnées par la vétusté ou engagées pour faciliter la location ;
  • les dépenses d'amélioration, sous conditions détaillées plus bas ;
  • les provisions pour charges de copropriété ;
  • les charges locatives non récupérées au 31 décembre de l'année suivant le départ du locataire ;
  • l'indemnité d'éviction ou de relogement ;
  • les primes d'assurance ;
  • les intérêts et frais d'emprunt du prêt immobilier.

Source : economie.gouv.fr, « Tout savoir sur le déficit foncier », page publiée le 9 septembre 2026. Une charge se déduit l'année où elle est payée, pas l'année où la facture est émise.

Travaux : trois catégories, deux issues

Réparation et entretien : déductibles

L'entretien maintient le logement en bon état. La réparation va plus loin : elle remet en état ou remplace des éléments essentiels pour que le bien reste utilisable conformément à sa destination. Réfection de toiture, remise aux normes électriques, remplacement d'une chaudière défaillante entrent dans cette catégorie. Le fait qu'un équipement vétuste soit remplacé par un modèle plus moderne ne lui ôte pas son caractère de réparation.

Amélioration : déductible pour l'habitation, presque jamais ailleurs

Une dépense d'amélioration apporte un équipement ou un confort nouveau, mieux adapté aux conditions de vie modernes, sans modifier la structure de l'immeuble : installation ou remplacement du chauffage central, d'une salle d'eau, d'une cuisine, du tout-à-l'égout ou d'un ascenseur (impots.gouv.fr, page mise à jour le 18 mars 2026).

Le point que beaucoup de bailleurs ignorent : cette déduction immédiate est réservée aux locaux d'habitation. Pour un local professionnel ou commercial loué, seules deux catégories d'améliorations sont déductibles — celles destinées à faciliter l'accueil des personnes handicapées et celles destinées à protéger les locaux de l'amiante (BOFiP, BOI-RFPI-BASE-20-30-20, en vigueur depuis le 30 mai 2016).

Construction, reconstruction, agrandissement : jamais

Sont exclues les opérations qui modifient de façon importante le gros œuvre, accroissent le volume ou la surface habitable, augmentent le nombre d'unités de logement, ou transforment en habitation des locaux affectés à un autre usage. Ces dépenses s'incorporent au prix de revient du bien et ne joueront qu'à la revente, dans le calcul de la plus-value.

Deux règles d'assemblage complètent le tableau, et ce sont elles qui font les redressements. Lorsque des travaux d'entretien sont réalisés conjointement avec des travaux d'amélioration, l'ensemble forme en principe un tout indissociable. Surtout, ne sont pas déductibles les dépenses de réparation ou d'entretien indissociables d'une opération de construction, de reconstruction ou d'agrandissement dont elles ne constituent que l'accessoire (BOFiP, BOI-RFPI-BASE-20-30-10).

Parkings et espaces verts : c'est le projet qui décide

Pris isolément, un parking ou des espaces verts au pied d'un immeuble locatif d'habitation en constituent une dépendance immédiate, et la doctrine admet que les dépenses d'amélioration portant sur une telle dépendance soient immédiatement déductibles. Un bailleur qui refait l'allée, replante les massifs ou remet en état des places existantes est dans son droit.

Le cas soumis sur ce forum était différent. Les places supplémentaires et les espaces verts servaient un immeuble à construire, et le propriétaire le disait lui-même : ces travaux seraient « de toute façon nécessaires ». Cette phrase suffit à faire basculer la qualification. Les dépenses deviennent l'accessoire d'une opération de construction, donc non déductibles, quelle que soit leur date de paiement. Les déduire expose à un rappel d'impôt assorti d'intérêts de retard, et la chronologie des devis et du permis de construire se reconstitue facilement.

Pour sécuriser ce type de dépense, isolez-la : devis distinct, pas de mention des travaux au dossier de permis de construire, usage démontrable par les locataires actuels. Sinon, rattachez-la au coût de construction.

Déficit foncier : 10 700 €, 15 300 € ou 21 400 €

Quand les charges dépassent les loyers, le résultat foncier est négatif. La fraction du déficit qui ne provient pas des intérêts d'emprunt s'impute sur le revenu global — salaires, pensions — dans une limite annuelle par foyer fiscal. Le reste n'est imputable que sur les revenus fonciers des dix années suivantes.

Plafonds annuels d'imputation du déficit foncier sur le revenu global (BOFiP, BOI-RFPI-BASE-30-20, publication du 16 septembre 2025)
Situation Plafond annuel Condition principale
Cas général 10 700 € Article 156 du CGI
Amortissement « Périssol » ou dispositif « Cosse » 15 300 € Déductions prévues à l'article 31 du CGI
Rénovation énergétique, sur option 21 400 € Passage d'une classe E, F ou G à une classe A, B, C ou D

Le chiffre de 15 300 € circule souvent comme s'il était le plafond de droit commun : il ne vise que les logements bénéficiant de l'amortissement « Périssol » ou du dispositif « Cosse ». Le plafond de droit commun reste 10 700 €.

Le plafond majoré de 21 400 € suppose un devis accepté à compter du 5 novembre 2022 et des dépenses payées entre le 1er janvier 2023 et le 31 décembre 2027 : la fenêtre, initialement fermée à fin 2025, a été prolongée de deux ans. Dans tous les cas, l'imputation sur le revenu global suppose que le logement reste affecté à la location jusqu'au 31 décembre de la troisième année qui suit cette imputation, sous peine de remise en cause.

Ce mécanisme n'est pas marginal. Selon la publication DGFiP Statistiques n° 41 de novembre 2025, portant sur les 41,5 millions de foyers fiscaux ayant déclaré des revenus perçus en 2024, les déficits fonciers déclarés sont passés de 10 milliards d'euros en 2023 à 13 milliards en 2024, les bénéfices restant stables. Données provisoires, arrêtées aux déclarations connues avant le 15 septembre 2025.

N'oubliez pas les prélèvements sociaux

Le revenu foncier net est soumis à l'impôt sur le revenu au barème, puis aux prélèvements sociaux au taux global de 17,2 % : CSG 9,2 %, CRDS 0,5 %, prélèvement de solidarité 7,5 % (service-public.fr, page vérifiée le 30 juin 2026). Attention à une confusion fréquente cette année : le taux de 18,6 %, qui résulte d'une CSG portée à 10,6 %, vise les revenus de placements, pas les revenus fonciers.

Ce que je vérifie avant de valider un plan de travaux

  • Le régime. Au micro-foncier, aucun euro de travaux ne se déduit. L'option pour le réel se décide avant le chantier, pas après.
  • La nature de chaque poste. Un devis global « rénovation » ne prouve rien : exigez un détail ligne par ligne, rattachable à l'entretien, à l'amélioration ou à l'agrandissement.
  • La date de paiement. Elle détermine l'année de déduction et conditionne l'éligibilité au plafond majoré de 21 400 €.
  • La durée de détention. Trois ans de location après l'imputation : si une vente est envisagée à court terme, l'arbitrage change.
  • Le calendrier énergétique. Depuis le 1er janvier 2025, un logement doit avoir au moins la classe F du DPE pour être décent en France métropolitaine ; ce sera la classe E au 1er janvier 2028 (ministère de la Transition écologique, page mise à jour le 19 décembre 2025).

Conservez factures, devis et preuves de paiement au nom du propriétaire ; le détail du calcul se porte sur le formulaire 2044. L'enjeu n'est pas d'optimiser à la marge, mais d'éviter une requalification plus coûteuse que le gain espéré. Si votre activité de gestion locative ou de travaux passe aussi par le web, la même exigence de traçabilité vaut pour votre site professionnel.

Questions fréquentes

Peut-on déduire les travaux de peinture et de rafraîchissement entre deux locataires ?

Oui, la remise en état d'un logement entre deux locations relève des dépenses de réparation et d'entretien, déductibles au régime réel. Elles doivent être payées par le propriétaire, justifiées par facture, et déduites au titre de l'année du paiement. Au micro-foncier, en revanche, aucune charge réelle n'est déductible.

Les travaux d'agrandissement sont-ils vraiment perdus fiscalement ?

Ils ne sont jamais déductibles des revenus fonciers, mais ils ne disparaissent pas pour autant. Leur montant s'ajoute au prix de revient du bien et vient réduire la plus-value imposable lors de la revente, sous réserve des justificatifs exigés. L'avantage est simplement décalé dans le temps.

Quelle est la différence entre 10 700 € et 15 300 € de déficit foncier ?

10 700 € est le plafond annuel de droit commun d'imputation du déficit foncier sur le revenu global, fixé par l'article 156 du code général des impôts. La limite de 15 300 € ne concerne que les logements pour lesquels le propriétaire pratique l'amortissement « Périssol » ou le dispositif « Cosse ». Elle ne s'applique donc pas à la majorité des bailleurs.

Le déficit foncier non imputé est-il perdu ?

Non. La fraction du déficit qui dépasse le plafond annuel, ainsi que celle provenant des intérêts d'emprunt, reste imputable sur les revenus fonciers des dix années suivantes. Elle ne peut simplement pas venir réduire le revenu global du foyer.

Que se passe-t-il si je vends le logement moins de trois ans après avoir imputé un déficit ?

L'imputation sur le revenu global suppose que le logement reste affecté à la location jusqu'au 31 décembre de la troisième année qui suit cette imputation. Une vente ou une reprise du bien avant cette date entraîne la remise en cause de l'avantage et un rappel d'impôt. La même règle vaut pour la cession de parts d'une société propriétaire.

Faut-il choisir le régime réel uniquement pour les années de travaux ?

Ce n'est pas possible année par année : l'option pour le régime réel engage pour trois ans, de façon irrévocable. Il faut donc simuler l'ensemble de la période, en tenant compte des loyers attendus, des charges courantes et du calendrier des chantiers, avant de renoncer au micro-foncier.

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