En novembre 2017, Semrush publiait la deuxième version de son étude « Ranking Factors ». Sa conclusion a beaucoup circulé : les visites directes et les signaux de comportement (temps passé, pages par session, taux de rebond) arrivaient en tête des facteurs associés à un bon classement, devant les liens et loin devant les mots-clés. Neuf ans plus tard, cet article est encore cité comme s'il décrivait l'algorithme actuel de Google.
Ce n'est pas le cas. L'étude date d'un web sans Core Web Vitals, sans système de contenu utile, sans procès antitrust ni fuite de documentation interne. Cet article la replace dans son contexte, puis confronte ses conclusions à ce que Google documente aujourd'hui et aux études plus récentes, pour vous aider à décider où investir votre budget SEO.
Ce que l'étude Semrush de 2017 disait réellement
La méthodologie est décrite dans le rapport « Ranking Factors – SEMrush Study 2.0 » (PDF daté du 31 octobre 2017, que Semrush n'héberge plus sur son site). Semrush a pris 600 000 mots-clés issus de plusieurs pays (États-Unis, Espagne, France, Italie, Allemagne, entre autres) et les 100 premiers résultats de chacun. Un algorithme d'apprentissage automatique (Random Forest) a ensuite classé 17 facteurs supposés par ordre d'influence. Les requêtes étaient réparties en quatre groupes de volume mensuel : 1 à 100, 101 à 1 000, 1 001 à 10 000, et plus de 10 000 recherches.
Le classement obtenu, du plus au moins influent :
- Rangs 1 à 4 : visites directes sur le site, temps passé sur le site, pages vues par session, taux de rebond.
- Rang 5 (ex æquo) : nombre de domaines référents, nombre total de backlinks, d'IP référentes et de liens « follow ».
- Rangs 9 et 10 : longueur du contenu, puis sécurité du site (HTTPS).
- Rangs 11 à 17 : nombre d'ancres, mot-clé dans les ancres, dans le corps de page, densité du mot-clé, mot-clé dans le titre, dans la meta description, vidéo sur la page.
Quelques chiffres du rapport : contenu du top 3 plus long de 45 % que celui de la 20e position ; 65 % des domaines positionnés sur des requêtes à fort volume en HTTPS ; 18 % de ces domaines sans le mot-clé dans le corps de la page ; 2,2 fois plus de backlinks vers les URL en première position que vers celles en deuxième.
Pourquoi ces conclusions demandent de la prudence
Semrush le reconnaît dans le rapport : la première tentative par analyse de corrélation donnait des coefficients inférieurs à 0,3 avec un écart-type élevé, ce qui ne permettait aucune conclusion solide. Le rapport précise aussi que ses résultats ne permettent pas d'affirmer « si vous améliorez le facteur X, vous serez mieux classé sur Y ». Autrement dit, l'étude décrit à quoi ressemblent les pages bien classées, pas ce qui les a fait monter.
Les « visites directes » en sont le meilleur exemple : un site connu reçoit du trafic direct et se classe bien, mais les deux découlent d'une même cause, la notoriété. Google n'a jamais confirmé utiliser le trafic direct ni les métriques d'engagement d'un outil d'analytics. Dès la parution de l'étude, Search Engine Roundtable (14 novembre 2017) relevait que ces signaux étaient précisément ceux que Google disait ne pas utiliser.
Ce que Google documente aujourd'hui
Google ne publie pas de liste pondérée de facteurs, mais sa documentation est plus précise qu'en 2017. La page « Comment fonctionne la recherche » décrit cinq grandes familles de critères : le sens de la requête, la pertinence du contenu, sa qualité, son utilisabilité (expérience de page, notamment sur mobile) et le contexte de l'internaute. Le guide des systèmes de classement liste les systèmes actifs : analyse des liens et PageRank, BERT, RankBrain, appariement neuronal, fraîcheur, contenu original, avis, diversité des sites, détection du spam. Le système de contenu utile y a été intégré en mars 2024, comme Panda en 2015 et Penguin en 2016.
| Facteur (étude 2017) | Ce que Google indique aujourd'hui |
|---|---|
| Visites directes, temps sur site, taux de rebond | Jamais confirmés comme signaux. En revanche, l'usage des clics dans les résultats de recherche a été confirmé au procès antitrust (voir plus bas). |
| Domaines référents, backlinks | « Systèmes d'analyse des liens et PageRank » toujours listés parmi les systèmes actifs. Google cite le fait que « d'autres sites reconnus renvoient vers le contenu » comme signal de qualité. |
| Longueur du contenu | La documentation « Créer du contenu utile » répond explicitement qu'il n'existe pas de nombre de mots préféré. |
| HTTPS | Signal « très léger » depuis août 2014, affectant alors moins de 1 % des requêtes mondiales, avec moins de poids que la qualité du contenu. |
| Mot-clé dans le titre, la meta, le corps | La pertinence commence par la présence des termes de la requête, mais les systèmes sémantiques (BERT, appariement neuronal) classent des pages sans correspondance exacte. |
| Vitesse (absente de l'étude) | Les Core Web Vitals sont un signal pris en compte par les systèmes centraux, sans système « expérience de page » unique. Seuils : LCP ≤ 2,5 s, INP ≤ 200 ms, CLS ≤ 0,1, mesurés au 75e centile. INP a remplacé FID le 12 mars 2024. |
Deux précisions officielles. Sur l'expérience de page (billet du 19 avril 2023) : « il n'y a pas de signal unique », et de bons Core Web Vitals « ne garantissent pas un bon classement ». Sur E-E-A-T (expérience, expertise, autorité, fiabilité) : ce n'est pas un facteur de classement en soi, mais un cadre d'évaluation de la confiance, la fiabilité étant le critère le plus important.
Signaux d'engagement : ce que le procès et la fuite de 2024 ont changé
Sur ce point, l'étude de 2017 mesurait le mauvais indicateur. Lors du procès États-Unis contre Google (témoignage d'octobre 2023, rapporté par Search Engine Land le 5 décembre 2023), Pandu Nayak, vice-président de la recherche, a décrit Navboost comme « l'un des signaux importants ». Ce système mémorise les clics sur les requêtes des 13 derniers mois (18 mois avant 2017), existe depuis 2005 au moins, et sert à réduire un grand ensemble de documents candidats à un ensemble plus restreint. Nayak a précisé qu'il ne peut rien pour les documents sans clics, et qu'il n'est « absolument pas » le seul algorithme central.
La fuite de documentation interne a complété le tableau : des fichiers publiés par erreur sur GitHub le 13 mars 2024, analysés par Rand Fishkin (27 mai 2024) puis Mike King (28 mai 2024), décrivent 2 596 modules et 14 014 attributs, dont des références à Navboost, à un score « siteAuthority » et à des données issues de Chrome. Le 29 mai, Google a mis en garde contre des conclusions tirées d'informations « sorties de leur contexte, obsolètes ou incomplètes », sans contester l'authenticité des documents.
La nuance pratique : ce que Google exploite, ce sont les interactions observées dans ses propres résultats (sur quel résultat l'internaute clique, s'il revient chercher autre chose), pas votre taux de rebond dans Google Analytics. Améliorer l'adéquation entre titre, page et intention de recherche a donc un sens ; chasser un « temps de session moyen » en a beaucoup moins.
Les études récentes convergent sur peu de choses
Semrush a publié une nouvelle étude le 4 janvier 2024 : 16 298 mots-clés anglophones de plus de 100 recherches mensuelles, top 20 analysé, soit 300 000 positions. Les conclusions sont plus prudentes qu'en 2017. La pertinence et la qualité du contenu (mesurées avec des embeddings, pas par comptage de mots-clés) montrent la corrélation la plus forte ; la correspondance exacte du mot-clé dans le titre n'en montre presque aucune ; les métriques d'expérience utilisateur non plus ; les domaines référents uniques restent corrélés à la performance des pages et des domaines.
L'étude Backlinko portant sur 11,8 millions de résultats (mise à jour du 14 avril 2025) va dans le même sens : le premier résultat compte en moyenne 3,8 fois plus de backlinks que les positions 2 à 10, le nombre moyen de mots d'un résultat du top 10 est de 1 447, et la vitesse de chargement ne montre aucune corrélation avec le classement en première page, sans doute parce que presque toutes les pages de première page sont déjà rapides.
Ces travaux restent des corrélations sur des requêtes anglophones et ne disent rien de votre marché local. Ils indiquent simplement que, depuis 2017, deux constantes ne bougent pas : un contenu qui répond précisément à la requête, et des liens depuis des sites que Google considère comme fiables.
Ce qu'il faut en retenir pour une TPE ou une PME
- Ne pilotez pas votre SEO avec des métriques d'analytics. Temps de session et taux de rebond servent à comprendre vos visiteurs, pas à « envoyer un signal » à Google.
- Traitez le contenu comme le premier levier. Une page par intention de recherche, une réponse complète, sans viser un nombre de mots. Notre page sur l'optimisation des contenus SEO détaille la méthode.
- Les liens comptent toujours, surtout sur les requêtes disputées. Plus le volume est élevé, plus les domaines référents pèsent. Un netlinking raisonné reste nécessaire face à des concurrents établis.
- Vérifiez les Core Web Vitals sur données réelles (rapport Search Console), pas seulement sur un test de laboratoire. Un site lent perd des clics avant de perdre des positions. Voir notre prestation d'optimisation de la vitesse.
- Le HTTPS est un prérequis, pas un levier. S'il vous manque encore, corrigez-le, sans en attendre de gain de positions.
- Adaptez l'effort au volume. Une requête à 500 recherches par mois se joue surtout sur la pertinence de la page ; une requête à 20 000 recherches se joue aussi sur l'autorité du domaine.
Questions fréquentes
L'étude Semrush sur les facteurs de classement est-elle encore valable ?
Elle date de fin 2017 et repose sur des corrélations, pas sur des tests. Ses constats sur les liens et le contenu restent cohérents avec les études plus récentes, mais ses conclusions sur le trafic direct et les métriques d'engagement n'ont jamais été confirmées par Google.
Google utilise-t-il le taux de rebond comme facteur de classement ?
Google n'a jamais confirmé utiliser le taux de rebond ou le temps passé sur le site mesurés par un outil d'analytics. En revanche, le procès antitrust de 2023 a confirmé que Google exploite les clics observés dans ses propres résultats de recherche via le système Navboost.
Combien de mots faut-il pour se positionner sur Google ?
Google indique dans sa documentation qu'il n'existe pas de nombre de mots préféré. Les études de corrélation observent des moyennes autour de 1 400 à 1 500 mots dans le top 10 anglophone, mais c'est une conséquence de la complétude du traitement du sujet, pas un seuil à atteindre.
Les backlinks sont-ils toujours importants pour le référencement ?
Oui. Google liste encore l'analyse des liens et le PageRank parmi ses systèmes de classement actifs, et les études de 2024 et 2025 observent toujours une corrélation entre domaines référents et positions. Leur poids est plus visible sur les requêtes à fort volume que sur les requêtes de niche.
Le HTTPS améliore-t-il le classement d'un site ?
Google le décrit depuis 2014 comme un signal très léger, moins important que la qualité du contenu. Aujourd'hui, la quasi-totalité des sites bien classés sont en HTTPS : c'est un prérequis de confiance et de sécurité, pas un levier de progression.
Les Core Web Vitals influencent-ils vraiment le positionnement ?
Google confirme que les Core Web Vitals font partie des signaux considérés par ses systèmes centraux, sans système d'expérience de page unique. De bons scores ne garantissent pas un bon classement, mais un site lent perd des clics et des conversions, ce qui justifie de respecter les seuils (LCP 2,5 s, INP 200 ms, CLS 0,1).
