Le 11 août 2026, la liste d'opposition Bloctel a cessé d'exister. Ouverte le 1er juin 2016, elle fonctionnait sur une logique d'opt-out : le consommateur s'inscrivait, et les entreprises devaient nettoyer leurs fichiers avant d'appeler. La logique est aujourd'hui inversée. Un professionnel ne peut plus solliciter un consommateur par téléphone à des fins commerciales sans avoir recueilli, au préalable, son consentement explicite et prouvable.
Pour une TPE ou une PME qui prospectait au téléphone, la question n'est donc plus « comment rester conforme à Bloctel », mais « par quoi remplacer ce canal ». Nous posions déjà ce débat ici en 2016, à la création du dispositif : plutôt que pousser une offre vers des inconnus, la rendre trouvable par ceux qui la cherchent. Voici l'état du droit, ce qu'il reste possible de faire, et comment réorienter votre acquisition.
Ce qui a changé le 11 août 2026
Le principe vient de la loi n° 2025-594 du 30 juin 2025, dont les dispositions sur le démarchage sont entrées en vigueur le 11 août 2026, date de fin de la concession Bloctel. Le site bloctel.gouv.fr n'accepte plus d'inscription. Les articles L223-1 et suivants du code de la consommation posent une interdiction de principe, assortie d'exceptions limitées (texte en vigueur sur Légifrance).
Le consentement attendu n'est pas une formalité. Il doit être libre, spécifique, éclairé, univoque et révocable, et résulter d'un acte positif clair : ni case pré-cochée, ni silence, ni acceptation globale de conditions générales. Il vaut un an au maximum, sans reconduction tacite. Le décret n° 2026-662 du 23 juillet 2026 précise le reste : au moment du recueil, vous indiquez votre identité, la nature des produits ou services concernés, la durée et les modalités de retrait ; la preuve se conserve trois ans sur support durable et reste accessible gratuitement au consommateur qui la demande ; le retrait s'exerce à tout moment, y compris oralement.
Les créneaux du décret n° 2022-1313, applicables depuis le 1er mars 2023, restent la référence : du lundi au vendredi, de 10 h à 13 h et de 14 h à 20 h, jamais le week-end ni les jours fériés, avec quatre sollicitations au plus par période de trente jours pour un même professionnel et soixante jours d'abstention après un refus.
| Situation | Appel possible ? |
|---|---|
| Consentement préalable recueilli, documenté, daté | Oui, un an au maximum, dans les créneaux autorisés |
| Client avec un contrat en cours | Oui, si l'appel se rapporte à ce contrat |
| Fichier de prospection acheté ou loué, sans consentement | Non |
| Rénovation énergétique, adaptation du logement, CPF | Non, hors sollicitation liée à un contrat en cours |
| Journaux, périodiques et magazines | Oui, exception maintenue par la loi |
| Appel vers un professionnel (BtoB) | Oui, sous conditions (voir plus bas) |
Deux conséquences pratiques : un contrat conclu à la suite d'un démarchage irrégulier est nul, et le manquement expose à l'amende administrative de l'article L242-16 du code de la consommation, jusqu'à 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale, avec publication de la décision. Les appels non consentis se signalent désormais sur SignalConso (fiche d'actualité service-public.gouv.fr).
Un canal déjà sous pression avant la réforme
La bascule n'est pas arrivée sans signaux d'alerte. Dans une réponse à la question écrite n° 207 publiée au Journal officiel le 10 décembre 2024, le ministère de l'Économie chiffrait le dispositif Bloctel à environ 6,2 millions de consommateurs inscrits et 12,4 millions de numéros protégés, pour environ 2 500 professionnels adhérents et près de 770 000 réclamations déposées depuis le 1er octobre 2021 (réponse ministérielle, Assemblée nationale).
La même réponse donne un ordre de grandeur du niveau de conformité : en 2023, près de 5 300 établissements ont été contrôlés par la DGCCRF, dont environ 60 % ne respectaient pas la réglementation sur le démarchage téléphonique, pour environ 4 millions d'euros d'amendes. Ces contrôles sont souvent ciblés à partir de signalements : ils décrivent la population contrôlée, pas le marché. Ils indiquent tout de même qu'un canal dont six acteurs contrôlés sur dix s'écartaient des règles avait peu de chances d'échapper au législateur.
Le BtoB n'est pas concerné, mais il n'est pas libre
Le régime de consentement préalable vise les consommateurs. Appeler un professionnel sur sa ligne professionnelle reste possible. La CNIL admet que cette prospection repose sur l'intérêt légitime de l'entreprise qui appelle, à trois conditions : l'objet de l'appel doit être en rapport avec la profession de la personne contactée, celle-ci doit être informée de l'usage de ses données à des fins de prospection, et elle doit pouvoir s'y opposer simplement et gratuitement. Les interdictions sectorielles, elles, ne dépendent pas du statut de l'appelé.
Autrement dit, si vous vendez à des entreprises, le téléphone reste un outil. Mais un fichier acheté sans information des personnes, sans traçabilité et sans procédure d'opposition ne tient plus.
L'inbound : organiser la demande plutôt que la provoquer
L'inbound marketing consiste à attirer un visiteur avec un contenu qui répond à une question qu'il se pose déjà, puis à lui donner un moyen simple de vous contacter. Le modèle popularisé par HubSpot décrit quatre temps : attirer, convertir, conclure, fidéliser. Le principe est ancien ; ce qui a changé, c'est qu'il n'a plus de concurrent sortant aussi simple que l'appel à froid.
Les données publiques montrent que la marge de progression reste large chez les TPE-PME. Dans le baromètre France Num 2025 de la Direction générale des entreprises (11 021 entreprises de 0 à 249 salariés interrogées en France du 26 mars au 18 avril 2025, données déclaratives, marge d'erreur inférieure à 1 %) : 84 % des entreprises utilisent au moins une solution de visibilité en ligne, 65 % disposent d'un site présentant leur activité et 66 % d'un compte sur les réseaux sociaux — c'est la première édition où le compte social dépasse le site. Dans la même enquête, 51 % des dirigeants déclarent qu'au moins 5 % de leurs clients proviennent d'internet, en baisse de 5 points sur un an mais en hausse de 8 points depuis 2022. Enfin, parmi les 7 506 répondants qui possèdent un site, 48 % citent l'acquisition de nouveaux clients comme premier bénéfice, devant l'image de modernité (39 %).
Deux lectures cohabitent : le site n'est plus le seul point d'entrée, et un tiers des entreprises n'en a toujours pas. Si votre prospection reposait sur le téléphone, c'est le chantier à ouvrir en premier ; notre guide pour faire connaître son entreprise recense les leviers complémentaires.
Par où commencer : partir des recherches réelles
L'objection la plus fréquente que j'entends depuis 2012 tient en une phrase : « mon métier est trop technique, nous n'avons pas de matière ». La matière ne vient pas de l'entreprise : elle vient des questions de ses clients.
Un exemple tiré d'un dossier que je pilotais pour une société de débouchage de canalisation : en examinant les termes de recherche d'une campagne Google Ads que je gérais, une large part des requêtes étaient des questions déguisées, du type « canalisation bouchée qui doit payer » ou « qui appeler fuite colonne d'immeuble ». Chacune correspond à un article, et « Canalisation bouchée : qui paie, le locataire ou le propriétaire ? » traite exactement le cas d'usage qui précède l'appel au plombier. Bénéfice secondaire : une page réellement pertinente améliore le niveau de qualité de l'annonce sur la même expression, ce qui pèse sur le coût par clic.
Les sources de questions, à jour en 2026 :
- Google Search Console, rapport Performances : les requêtes qui déclenchent déjà vos pages, y compris celles où vous êtes en page 2.
- Le planificateur de mots clés de Google Ads, utile surtout si vous avez un compte actif.
- Les termes de recherche d'une campagne Google Ads existante, plus fiables que les volumes estimés puisqu'ils correspondent à des requêtes réellement tapées.
- Les suggestions de Google et le bloc « Autres questions posées », en commençant une requête par « comment » ou « pourquoi ».
- Les questions posées à vos équipes en devis ou en SAV : la meilleure source, et la moins exploitée.
Mesurer sans se raconter d'histoires
Un contenu inbound ne se juge pas au nombre de mots publiés. Trois indicateurs suffisent au départ : impressions et clics par requête dans Search Console, conversions (formulaire, appel entrant, rendez-vous) dans Google Analytics 4, délai entre la première visite et le contact. Un tableau de bord mensuel dans Data Studio (ex-Looker Studio) évite de repartir de zéro à chaque réunion ; c'est l'objet de notre page mesure et pilotage webmarketing.
Restez lucide sur les délais. Un article ne se positionne pas en une semaine, et les premiers contacts arrivent en général après plusieurs mois de publication régulière. C'est le principal défaut de l'inbound face à l'appel sortant : il ne produit rien le premier jour. C'est aussi son intérêt, puisqu'un article bien positionné continue de travailler ensuite sans coût marginal par contact.
Ce que l'inbound ne remplace pas
L'inbound n'est pas un substitut universel. Trois situations demandent d'autres leviers : un marché de niche où la demande ne s'exprime pas dans un moteur, un besoin de chiffre d'affaires immédiat, une offre nouvelle que personne ne cherche encore par son nom. Le référencement payant, les salons, la recommandation ou une prospection BtoB conforme restent alors plus directs. La bonne question n'est pas « inbound ou outbound », mais « quelle part de ma demande se formule déjà dans un moteur, et suis-je présent à ce moment-là ».
Questions fréquentes
Bloctel existe-t-il encore ?
Non. Le service a pris fin le 11 août 2026, en même temps que l'entrée en vigueur du régime de consentement préalable prévu par la loi du 30 juin 2025. L'inscription sur une liste d'opposition n'a plus d'objet, puisque le démarchage téléphonique des consommateurs est interdit par défaut. Les appels non consentis se signalent sur SignalConso.
Peut-on encore appeler ses clients existants ?
Oui, lorsque l'appel se rapporte à l'exécution d'un contrat en cours, y compris pour proposer un produit ou un service complémentaire à ce contrat. En revanche, appeler un ancien client pour une offre sans rapport relève du démarchage et suppose un consentement préalable. Les créneaux horaires autorisés restent applicables.
Combien de temps un consentement reste-t-il valable ?
Un an au maximum à compter de son recueil, sans reconduction tacite : au-delà, il faut le recueillir de nouveau. La preuve doit être conservée trois ans sur un support durable et rester accessible gratuitement au consommateur qui la demande. Le retrait doit pouvoir être exercé à tout moment, y compris oralement.
La prospection téléphonique BtoB est-elle interdite ?
Non. Appeler un professionnel sur sa ligne professionnelle peut reposer sur l'intérêt légitime de l'entreprise qui prospecte, à condition que l'objet de l'appel soit en rapport avec la profession de la personne contactée. Celle-ci doit être informée de l'usage de ses données et pouvoir s'opposer simplement et gratuitement à toute nouvelle sollicitation.
Quelles sanctions en cas d'appel sans consentement ?
Le manquement expose à une amende administrative pouvant atteindre 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale, au titre de l'article L242-16 du code de la consommation, avec publication de la décision. Par ailleurs, un contrat conclu à la suite d'un démarchage irrégulier est nul.
En combien de temps un contenu inbound produit-il des contacts ?
Il n'existe pas de délai garanti : cela dépend de la concurrence sur les requêtes visées, de l'état technique du site et du rythme de publication. En pratique, les premiers signaux mesurables apparaissent dans Search Console après quelques semaines d'indexation, tandis que des positions stables et des contacts réguliers se construisent sur plusieurs mois.
